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mardi 19 janvier 2016

Imprimerie Desbonnet de la rue de France ( Tlemcen)

On recense  plus de 300 cartes postales anciennes de Tlemcen dont beaucoup ont été édité par les Imprimeries Desbonnet propriétés du Monsieur du même nom ( Desbonnet). Les sujet traités sur ses cartes postales étaient surtout centrés sur le patrimoine architectural historique et urbain. Hormis, les cartes postales, les journaux traitant de Tlemcen et de son arrondissement sortirent de ces imprimeries ( le Journal de l'Avenir).
Une belle carte postale d'époque nous offre une vue sur la façade de cette Imprimerie-Librairie-Papeterie de Mr Desbonnet avec ses vitrines (03) remplies de cartes postales exposées  et proposées à la vente.            
 Cette Boutique qui se trouve sur la rue de France, est la propriété aujourd’hui de la famille "Bezzar" habitant le châtelet des Fekkharines (Bab Wahrane). Il y exploitent un commerce de prêts-à-porter et cela depuis plus 40 ans.
La porte qui se trouve à gauche, et qui mène aux appartements de la famille Desbonnet ( Madame Desbonnet au balcon de ceux-là ), mène aujourd'hui au cabinet du notaire Bendihadji. Cette porte est située entre la pharmacie Merad et le magasin Bezzar.

vendredi 13 février 2015

JOSEPH AUGUSTIN PEDRA: Premier Photographe de TLEMCEN (par Kossay Zaoui)

 Etre photographe c'est amer la solitude qui vous amène à exploiter toutes les audaces qui ont fait la renommée de certains photographes.
la photographie est une véritable archive qui permet de transmettre un fragment de temps qu'on est tenu de placer dans son contexte historique. Tlemcen ville d'art et d'histoire fut le modèle de choix à photographier.
Chaque ville d'Algérie avait son photographe mais c'est Tlemcen qui accueillit certainement le plus grand nombre dont Joseph Augustin PEDRA qui fixe sur le négatif, dès la 2ème moitié du 19ème siècle, nombre de rues, d'habitants, de monuments historiques, de marchés pittoresques de Tlemcen.

PEDRA avait son studio sur la ruelle de Sidi El Yedoune à Tlemcen. Il né à Tlemcen en 1860, et avait un fils "Grégoire" , devenu photographe aussi après avoir été peintre en bâtiment. On connaît les deux mariages du père et du fils, à Batna en 1857 pour le père (alors déclaré peintre), à Tlemcen, en 1879 pour le fils. A cette date, le père est photographe. Les clichés publiés dans plusieurs célèbres revues sont sans doute du père, et sont les seuls qui subsistent de leur production. On raconte que la famille est originaire d’Espagne.

Alexander A. Knox voyageur londonien en visite à Tlemcen nous a laissé sa rencontre avec la femme de PEDRA: "...Nous avions demandé à l'hôtel pour aller à une rue près de la grande place, c'était, si je me souviens bien, appelée "la ruelle Sidi Yeddoune», pour obtenir des photographies de Tlemcen. Nous avons frappé à une porte où il y avait quelques photos dans une armoire de verre contre le mur. une vieille femme nous a ouvert la porte: "Ah, mon cher monsieur, ce pauvre Pedra est mort; je suis sa veuve". Ça nous attristé de l'entendre, et nous étions sur le point de partir lorsque la vieille dame nous a supplié d'entrer en disant que la présence des voyageurs est une bénédiction pour elle et que c'était un acte de charité qu'une personne achète ses photographies. Nous avions sélectionné certaines photos, et nous avions demandé s'il y avait d'autres, elle nous a dit qu'elle va préparer d'autres à partir des négatifs: "Je peux facilement le faire, je suis bricoleuse comme mon fils "Ah! Mon, mon fils le pauvre! »dit-elle, et elle fondit en larmes. Nous avions essayé avec quelques mots de l'apaiser et de la consoler puis nous lui avions demandé si elle pouvait nous raconter son histoire peut être que ceci soulagerai sa douleur: "Ah!, l'autre jour mon pauvre fils s'est fusillé, il est tombé raide mort-là sur cette dalle encore entachée de son sang....Le garçon avait du sang espagnol dans ses veines du côté de son père alors que la mère était une française.''
Les photographies de Joseph Augustin PEDRA ont déjà fait connaître une partie de Tlemcen et ses monuments. Un photographe d'un grand talent passionné et généreux qui a su mettre en valeur sa ville natale comme le témoignent ses photos saisissantes d'une rare intensité. Il est donc désirable et fortement recommandé que ses œuvres soient reconnues et publiés ou simplement exposées.
PS: Toutes les photos attachées à ce commentaire sont celles de PEDRA, TLEMCEN.


Porte et Heurtoire de la mosquée de Sidi Abou Mediene Tlemcen. 
Par Joseph Augustin Pedra, premier photographe de la ville (XIXe)

 Vue générale de la ville de Tlemcen, 
Par Joseph Augustin Pedra, premier photographe de la ville (XIXe)

Mosquée de Bâb Ziri Tlemcen, (Bab Zir en 1830
Par Joseph Augustin Pedra, premier photographe de la ville (XIXe)

 Mosquée de Sidi Abou Mediene Tlemcen, 
Par Joseph Augustin Pedra, premier photographe de la ville (XIXe)

 
Cascades d'AL Ouerit, Tlemcen 
Par Joseph Augustin Pedra, premier photographe de la ville (XIXe)

Photos récente (meme prise des cascades d'Al Ourit
prise en période de neige (Février 2015)  

Mosquée de Sidi Lahcen Tlemcen, 
Par Joseph Augustin Pedra, premier photographe de la ville (XIXe)
   

vendredi 31 mai 2013

Souvevirs de Pieds Noirs: Tlemcen, rue Lamoricière...

- / : Article paru en 2010 sur la rubrique "Édition Abonnés" dans le journal "Le Monde":
"Elle avait un sourire lumineux. Il fallait le faire, ajouter de la lumière dans la rue Lamoricière écrasée d'un soleil insolent. Des yeux noirs qui riaient sans qu'elle ait eu besoin de rire. Elle était jolie, très jolie, un beau visage de Juive séfarade, anguleux, explosant d'expressivité, de joie de vivre. De "fureur de vivre", disait-on alors, nous les gamins de la rue, parce qu'on était fascinés en ces temps par le beau James. Même qu'on était trop jeunes pour aller le voir le film, interdit aux moins de 16 ans. Au Lux.
Alors, on passait et repassait devant l'affiche. Et on faisait le reste du boulevard du Méchouar en marchant différemment, en regardant les filles autrement, en faisant tomber, sans le montrer, une ou deux mèches de plus sur le front. Façon rebelles sans cause. Je me demande encore pourquoi des imbéciles de traducteurs ont appelé ce film « La Fureur de vivre ». C'est tellement mieux « Rebelle sans cause » quand on a 13 ans et qu'on a tous les comptes du monde à régler avec...qui, justement ? Le proviseur, "Piko" le prof d'histoire-géo, "Fernand", le prof de gym raciste, le rabbin qui nous foutait les j'tons, nos mères cannibales, nos pères dans l’ "inadvertance" permanente. Le monde quoi.
Et puis il y avait Andrée dans notre rue. Elle s'appelait Andrée. Elle avait 21 ans et en plus de son beau visage elle avait un corps... l'objet secret de nos nuits d'ados, de nos troubles, de nos rêves. Sa mère lui avait offert une splendide voiture. Toute voiture à Tlemcen en ce temps était déjà une sorte de miracle. Mais là, c'était une "Dauphine" Renault, rouge corail, flambant neuf ! Tout le peuple gamin, Arabes, Juifs, Espagnols des rues Lamoricière, Germain Sabatier et Almanzor, jusqu'au bélik, était rassemblé autour de la merveille. Enfin des deux merveilles, parce que je crois qu'on venait plus pour la conductrice que pour la caisse. Faut dire qu'à l'époque, les portes des voitures s'ouvraient de l'avant vers l'arrière. C'était génial ! Quand une femme montait dans une voiture on avait droit aux jambes, aux bas, avec un peu de chance un peu plus... Alors les jambes, les bas, le un peu plus d'Andrée c'était quelque chose ! Le gros "Barchi" en était violet d'émotion.
Et elle riait, radieuse, heureuse du remue-ménage qu'elle provoquait, embrassant l'un, caressant les cheveux d'un autre, tous "ses petits frères" disait-elle.
Une nouvelle un jour a couru dans le lycée. De ces nouvelles qui vous plombent la vie pour au moins quelques minutes. Andrée avait un homme et elle allait se marier. Inconscience. Trahison. Et nous, tous les fiancés ? On ne comptait pas ? Se marier, avec la robe et tout et tout... ce qui va avec.
On est allé prendre le thé à la menthe au café à côté du Grand Bassin je me rappelle. Ça tirait la tronche. Avec un militaire elle allait se marier. Un officier ou quelque chose comme ça. Même pas Juif, ou Arabe, ou Espagnol, enfin de chez nous quoi ! Non, un Français de France, un "pathos" qu'on n'avait jamais vu, qui ne savait rien de la tafina, de la mahia, de la kemia ou de la calentita. Comment elle allait lui apprendre tout ça ? Elle n’y arriverait jamais la pauvre. Même le thé, bourré de sucre, semblait amer.
Et puis voilà. Andrée s'est mariée. On a su, on a vu, que l'homme qu'elle avait choisi était beau, intelligent, d'une gentillesse rare. Personne ne pouvait s'en étonner : comment aurait-il pu en être autrement avec cette femme remarquable ? Il est mort très jeune, à trente ans je crois. Andrée est restée la veuve de cet homme tout le reste de sa vie.
Je l'ai vue à Paris, il y a quelques années. Elle était toujours aussi belle à 66 ou 67 ans. Je lui ai dit. Je lui ai dit aussi qu'elle avait été la « femme » de tous les gamins du quartier bas de Tlemcen. Elle a ri. Comme avant, à gorge déployée. Elle continuait à adorer la vie.
On l'a enterrée ce matin, au cimetière de Pantin. On doit être tout un tas encore amoureux d'elle, des deux côtés de la Méditerranée."
- Par Léon-Marc Levy.

- / :  Habitants et témoignages sur  la rue Lamoricière:
  . JchLevy: Mes grands paternels habitaient rue Lamoricière (Chalom et Flekha).
  . Par GuyPaul: J'habitais la rue Lamoricière depuis ma naissance (1945) jusqu'à mon départ en 1962, je suis né au 11 qui abritait les familles benkimoun, benayoune, mergui, benhamou et nephtali. Je n'ai eu aucun mal à retrouver les tombes de ma parenté lors d'un séjour en 1974 parce que je connaissais le cimetière. La rue était majoritairement juive : Marciano, El koubi, Karsenty, benichou, torjman, sicsic, bendenoun, barchillon, elbar, chiche, médioni, j'en oublie....

Frashs sur les Pieds noirs ayant habité Tlemcen

- 1 : Charles Gonzalez avait habité le querier des cerisiers vers 1960, après avoir séhourné à Oran ou il travaillait aux cotés de sa femme Juliette Poncela au cinéma "Le Mogador".

- 2 : Patrick Benguigui qui est né le 14 mai 1959 à Tlemcen. La mère de Patrick Benguigui s'appelle Augusta, elle est institutrice.C'est sa mère qui va l'élevé seul car un an après la naissance de Patrick Benguigui son père quitte sa mère sans donner de nouvelles. C'est le père d'Augusta (Elie) est encore la pour s'occuper de son petit-fils. Patrick a alors 3 ans quand la famille Benguigui est obligée de quitter Tlemcen et l'Algérie, comme les autres pieds-noirs, ils sont juifs dans un pays où la religion est l'Islam. Donc ils quittent Tlemcen pour arriver en France et s'installer en région parisienne à Argenteuil....vous l'aurez compris, il s'agit du chanteur Patrick Bruel.
- 3 : JchLevy: Mon grand-père paternel Chalom Lévy y a été inhumé en 1943. Mes grands paternels habitaient rue Lamoricière (Chalom et Flekha).
- 4 : par Maurice Dreyfuss: Mon Oncle, AYAGH Chemol dit Simon, fut ébéniste à la rue des écoles.
- 5 : Par Reine: j'ai toujours appris que ma grand-mere henriette touati mariée a el ghali médioni le boucher d'oran et que tous mes arrieres grands partens sont enterres a tlemcen ils s'appelaient barouk ou el ghali medioni ou bien judas touati rabbin pere de nessim (marié a messaouda dray) dans la deuxieme partie du XIX siecle. Le grand-père à mon grand père est décédé le 3 novembre 1881 a tlemcen a l'age de 53 ans sa femme s'appelait zara ben sussan. merci encore cela vous dit qq chose ?

GHALI EL MEDIONI ou ELGHALI MEDIONI (1828-1881) de la famille du chanteur "Maurice EL MEDIONI". Marié le 25 août 1855, Tlemcen (Algérie), avec Zahra Ben Sussan 1838 (acte trouvé au caOM).
 - 6 : Par Elicha Touati: mon grand-père, le grand rabbin Charles Touati m'a laisse un courrier que le rav Eliahou Benguigui, grand rabbin de Saida avait ecrit a son pere, le rav Haim Touati de Tlemcen.
dans son courrier, le rav Benguigui parle d'un monument aux morts de la première guerre mondiale, a l’entrée du cimetière juif de Tlemcen, et d'un soleil en relief qui était sur un des meubles de la synagogue du rav Haim Bliah (Tlemcen).
- 7 : Par Maurice: La synagogue principale de Tlemcen est transformée en salle de sport de combats est bouclée par une palissade qui empêche de voir à l'intérieur. L'Etoile de David a disparu de la facade qui elle-même tombe en décrépitude. Vu cet état, je n'ai même pas cherché à voir les 2 autres. A l'inverse, l'église catholique vu sa dimension a été transformée en centre culturel avec des modifications extérieures importantes pour faire oublier que c'était un lieu de culte.
- 8 : Par Myriam Charbit:  Charbit Roger fils de Diamanté Charbit est né en 1929 et décédé a l age de 5 ans et enterré a Tlemcen au cimetière israélite. Ma grand mère Diamanté Charbit habitait Tlemcen elle avait déjà 3 filles et se fils qui est décédé a l age de 5 ans d une méningite il s appelle du nom de famille Charbit ou Ben oliel ou benoliel elle habitait juste dans la rue de la caserne elle était de la famille Chouraqui qui était commerçant dans la grande rue principal s était des opticiens.elle fréquentait Aaron Ben oliel qui etait le père des enfants il était maraicher coiffeur il venais de Oran ,jusqu a Tlemcen du reste lui aussi décédé a Tlemcen. Aaron Henri sa date de naissance est 1887.et décédé à Tlemcen.
- 9 :  Par Peloche: soltana ben kimoun morte à tlemcen. elle était marié à moise arrouasse script en hébreux et ils avaient une fille meriem arrouasse. elle est morte en entre 1870 et 1890.

- / : Questions et demandes:
. 1 : Cherchons des renseignements auprès des pieds noirs de Tlemcen, sur le 2ème régiment de Spahis algérien pour la période 1930-1940.
.  2 : Existe-t-il un répertoire des tombes juives à Tlemcen ?
REPONSE
. par GuyPaul: Non, il n'existe pas d'index des tombes au cimetière de Tlemcen. J'ai été membre de l'association du dernier devoir. Nous creusions les sépultures de nos morts et nous nous occupions des rites funéraires (lavage des corps,etc.).
. Par Reine: j'ai toujours appris que ma grand-mère henriette touati mariée a el ghali médioni le boucher d'Oran et que tous mes arrières grands parents sont enterres a tlemcen ils s'appelaient barouk ou el ghali medioni ou bien judas touati rabbin père de nessim (marié a messaouda dray) dans la deuxième partie du 19ème siècle.  Le grand-père à mon grand père est décédé le 3 novembre 1881 a tlemcen a l'age de 53 ans sa femme s'appelait zara ben sussan...cela vous dit qq chose ?

lundi 28 mai 2012

Les Juifs de Tlemcen Par le Prof. Albert Bensoussan


À la mémoire d’Esther Ben Aych qui tenait un ouvroir à Tlemcen:
juifs-tlemcen-1
Tlemcen fut de tout temps une capitale et un jardin.
Les Romains la nommaient Pomaria – « vergers » – et les Berbères, qui en firent la capitale du royaume : Tilmisan – « sources », en tamazight.
La justement nommée « Perle du Maghreb » est bâtie dans un amphithéâtre rocheux, à quelques dizaines de kilomètres de la mer (on aperçoit par beau temps Béni-Saf), et des cascades chutant de la montagne par paliers successifs font toute la beauté de ce site exceptionnel.
Les Juifs ont vécu là pendant des siècles, probablement depuis l’époque romaine, mais les Mérinides les chassèrent de la ville et ils se regroupèrent hors les murs. C’est là qu’intervient le véritable sauveur de la communauté juive de Tlemcen, celui qu’on a appelé le Rab et dont le tombeau est toujours vénéré – par Juifs et Musulmans. Au départ, il y a un jeune médecin qui fuit l’Espagne après le pogrome de Tolède, en 1391, où périt son père. Ephraïm Enkaoua, tel est son nom, d’abord réfugié au Maroc, gagne à la fin du XIV° siècle la capitale mérinide. La légende le fait entrer dans Tlemcen monté sur un lion domestiqué avec un serpent pour licou. En fait, il est précédé par sa gloire comme médecin et appelé par le sultan pour guérir sa fille ; ce qu’il fait, en demandant comme récompense au souverain qu’il permette aux Juifs rejetés hors les murs de revenir dans la ville. Ces derniers peuplent alors le « quartier des Juifs ». Ils y demeurèrent jusqu’à l’Indépendance de l’Algérie, construisant là la synagogue du Rab. Éphraïm Enkaoua, à sa mort en 1442, fut enterré à la sortie de Tlemcen, près d’une source et sa tombe devint aussitôt un lieu de pèlerinage. C’est, en fait, un jardin ombragé où les Juifs, au temps de l’Algérie française, avaient coutume de venir prier, goûter, boire l’eau miraculeuse et jeter dans la fontaine des pièces de monnaie en formulant des vœux.
Pour moi ce paysage et cette histoire m’étaient familiers, parce que mon père était né à Nemours et ma mère à Nédroma, que mes grands-parents maternels habitaient Montagnac, et qu’une partie de la famille résidait à Tlemcen. Tout cela tenait dans un « mechouar » de poche – si l’on me permet de plaisanter sur la grand-place de cette magnifique cité et mon berceau familial. On appelait là-bas « le Mechouar » non seulement la place principale de la ville, mais aussi et avant tout la citadelle impériale qui l’occupait naguère.
Chaque été, de retour au pays, j’y accompagnais mes parents. Nous sortions de Tlemcen en voiture et trois kilomètres plus bas, sur la route de Hennaya, se trouvait l’ancien cimetière juif où était le tombeau du Rab. Nous nous installions pour le banquet, jetant une nappe sur le sol, à l’ombre d’un platane, qui est l’arbre, gigantesque et feuillu, de Tlemcen, et déballions nos provisions. Nous mangions comme l’on joue, au milieu des oiseaux et des plantes, c’était le jardin d’Éden, toute faute effacée. Un moment d’innocence autour de la tombe… Puis nous allions tous ensemble boire à la source, un petit bassin creusé dans un rocher devant la pierre tombale du saint. C’est là qu’on puisait l’eau lustrale. Papa tirait la première gorgée en sa timbale d’argent, qui ne servait que pour la circonstance, il récitait pieusement la bénédiction de l’eau et buvait avec une extrême lenteur, après quoi il disait toujours : " Elle est si fraîche qu’elle en est délicieuse ". Là, en plein été tlemcénien, par quarante degrés, cette eau de roche était suprêmement désaltérante. C’était là le miracle. En attendant l’autre, celui qui verrait la réalisation des vœux que chacun ne manquait pas de formuler en son for intérieur (n’est-ce pas au Rab que je dois d’avoir réussi dans mes études ?).
La communauté juive de Tlemcen a toujours gravité autour de cette tombe et des pèlerinages annuels. Les Juifs y étaient fort nombreux, surtout après l’expulsion d’Espagne de 1492 qui les fit affluer dans cette capitale du Maghreb central. Ils étaient plus de cinq mille en 1940. La guerre d’Algérie secoua cette paisible communauté : elle eut son lot d’attentats et d’exactions, jusqu’à la débandade finale en 1962. Il furent huit mille à gagner Marseille. Aujourd’hui il ne reste plus de Juifs à Tlemcen, et le Rab Éphraïm Enkaoua ne veille plus que sur nos morts. Et nous savons que dans toute l’Algérie d’aujourd’hui, où les Juifs furent si présents, la seule paix véritable n’est que dans les cimetières.
Par Albert Bensoussan.