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vendredi 27 février 2015

LA LÉGENDE DE LA PORTE DE KECHOUT (كشّوط) À TLEMCEN

- / : "La Vérité est faite d'une accumulation de suppositions et de légendes que les pères repassent aux fils comme des souvenirs de famille et qui, à son insu, lentement, sont devenues son armature"
Citation de Georges Moinaux, dit Georges Courteline.
- / : La porte de KECHOUTE (se situait pas loin du grand bassin) qui n'existe plus aujourd'hui, a joué un rôle important dans l'histoire de Tlemcen. Son nom  étrange n'a aucune signification arabe, et la majorité des références n'ont fait que  citer la porte en question sans donner de détails.
- / : Alors que savons nous à propos de cette porte et pourquoi porte t-elle ce nom?
L'histoire que je vous propose ici constitue un vrai patrimoine immatériel et nous offre un exemple bien marqué de "la contamination spirituelle" mais aussi un exemple du rite qui caractérise le sacrifice destiné à créer un esprit protecteur d'un édifice. Bien avant la période des Zianides, pendant le règne d'Abou Qurra Al Ifrini, chef Amazigh de la tribu des Beni Yefren qui batît la cité d'Agadir et qui devient plus tard Tlemcen et après avoir élevé  les murs, il avait un souhait que sa cité ne connaîtra dans l'avenir ni désordre, ni faim, ni la disette, ni la guerre, ni les discordes. "Il faut, se dit-il que je dévoue mon fils à la mort pour procurer aux futurs habitants la paix et la tranquillité". Lorsque les maçons commencèrent à travailler au niveau de la porte qui regarde vers l'occident, il sorti avec son armée et sa famille et s'en alla vers l'ouest jusqu'au col appelé "le col du juif". Là, il fit une halte à ses troupes et on dressa les tentes.
Le lendemain matin, il appela son fils et lui donna une lettre en lui disant:" Ôh!!! mon enfant, va porter cette lettre aux chefs des travailleurs qui construisirent la porte de la ville, et ne tarde pas sur la route". Avant de le laisser partir, il l'embrassa et lui dit "adieu". Au milieu du chemin l'enfant rencontra un juif qui d'habitude faisait ses commissions pour le sultan. Ce juif lui dit il: " Oú vas tu mon seigneur? Ôh petit maudit je vais pour cette lettre au chef des maçons qui construit la nouvelle porte de la ville. "Donne la moi, reprit le juif- je la porterai à ta place et je t'éviterai ainsi de la peine et de la fatigue"...En lui même le juif pensait gagner par là quelque argent. Le juif prit la lettre et partit en courant. Arrivé à la porte, il cherche le chef des ouvriers, et l'ayant trouvé lui remit la lettre. Le chef ouvrit la lettre, et y lu ce qui suit: "Salut et salut aux chefs des ouvriers, aujourd'hui tu te saisira du porteur de cette lettre et tu l'égorgera et tu enterreras son cadavre dans les fondations de la porte". Le chef des ouvrier fendit la gorge du juif d'une oreille à l'autre et on enterra son cadavre sous la porte, or ce juif s'appelait KECHOUTE (كشّوط) et c'est pour cela cette porte s'appelait la PORTE DE KECHOUTE.
Abou Qurra voulait enterrer son fils pour procurer à Agadir -Tlemcen- la paix et la bénédiction car son fils était un vrai musulman d'âme pure. Il se trouva qu'à sa place on tua un juif. C'est pour cela que dans la suite la cité eut à souffrir de plusieurs guerres.
PS: La porte de KECHOUTE était connue durant les ottomans par le nom de "la porte de la balançoire" car il paraît que des rois Zianides et plusieurs de leurs descendants ont été pendus par les Ottomans en utilisant leur turban. Pendant la colonisation française cette porte était devenu la porte de Fès car elle se trouvait sur la route qui mène vers sa sœur jumelle, la ville de Fes.
Par Kossay Zaoui.
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vendredi 31 mai 2013

Tlemcen réputée pour ses Cerises, ses Cascades ...et ses Légendes


une histoire par Georges Chouraqui de l’époque de la jeunesse de ses parents.
Un miracle actualisé après les évènements d’Algérie.
C’est une Maman qui avait l’habitude tout les matins d’aller se recueillir sur la tombe de son jeune fils
Un jour réveillée par la pleine lune elle se rendit au cimetière croyant que c’était le matin , mais hélas elle entendit des voix d’ivrognes qui avaient appercu cette femme seule se mirent a la poursuivre , elle se mit a courir et arrive devant la sépulture de son fils et lui demande de la sauver, miracle la tombe s’entrouvrit ,elle put se cacher et échapper à ses poursuivants.
A la suite de ces faits on pouvait voir la pierre tombale entrouverte ,
je confirme l’avoir vu lors d’une de mes visites a Tlemcen.
Mais pour confirmer ce miracle, il y a une suite qui ne peut pas être conteste.
Apres l’indépendance de l’Algérie des travaux public furent envisages pour l’agrandissement des routes et ce fut le vieux cimetière des juifs qui étaient prévu pour ces aménagements.
Mais lorsque les travaux arrivent près de la tombe l’engin de terrassement se bloque, et un incident technique important survient par la rupture d ‘une pièce métallique . il faut changer de machine, et le lendemain même problème , avec en plus un malaise du conducteur, le troisième jour mise en place d’une nouvelle machine et d’un nouveau chauffeur et bien entendu nouveau incident mécanique et malaise cardiaque du conducteur.
La direction des travaux ne s’explique pas ces incidents , Pris de peur et de superstition les ouvriers cessent le travail des qu’une personne âgée leur raconte l’histoire de cette sépulture. A la suite de ces phénomènes un nouveau trace et décide , ainsi actuellement ce tombeau mortuaire est reste a sa place et justifie le miracle de cette histoire véridique.









La motorisation du transport postal a commencé pour La Poste Suisse en 1904 avec deux camions avec des moteurs essence, qui étaient chargés de la distribution pour Zurich et ses environs. En 1913, le service de distribution s'est doté de fourgons électriques de l’entreprise Tribelhorn. En 1919, quelques 30 trois-roues électriques (tricycles), plus petit et plus maniable, furent adoptés du fabriquant Tribelhorn  dans la distribution et la levée des boîtes aux lettres. Ensuite, les fourgons du service des exprès ont dû laisser place aux moteurs à essence, plus efficaces. Mais pour la distribution du courrier, les fourgons électriques ont persisté jusqu’en 1950. A partir de 1940, la distribution des colis a également misé sur l’électrique. Au milieu des années 50, 200 véhicules étaient en service.
Au milieu des années 60, l’effectif a de nouveau diminué. Le dernier fourgon de distribution électrique a été retiré du service en 1984. L’électrique a perduré un peu plus longtemps pour les engins à timon des services de distribution et de transbordement.
Mais les véhicules électriques n’ont pas servi uniquement à la distribution. Pour le transbordement ferroviaire, de petits tracteurs électriques ont été introduits.
Le premier prototype a déjà été lancé en 1920. En 1924, l’exploitation régulière s’est poursuivie avec des véhicules de l’entreprise «Elektrische Fahrzeuge AG» (EFAG). Pour le service de tractage, les
véhicules électriques ont démontré leurs Confort de conduite accru et grand volume de chargement: factrice de La Poste Suisse sur le trois-roues électrique Kyburz DXP, 2011.

  http://cms.itsposta.ch/Lupe/fr/2013_02/

Depuis 1956, les administrations postales européennes émettent chaque année des timbres «Europa» sur un thème commun. Lors d'un vote public sur Internet après leur émission, le prix du plus beau timbre est attribué à l'un des timbres Europa actuels. Thème 2013: Véhicules postaux. Pour ce thème, La Poste Suisse fait concourir deux timbres spéciaux. Ils représentent respectivement un véhicule électrique d'hier et d'aujourd'hui. En effet, il y a exactement 100 ans, la Poste mettait en service le premier véhicule électrique, et se distinguait déjà comme une entreprise tournée vers l'avenir, innovante et écologique. N'est-ce pas là une bonne raison pour rendre hommage au timbre Europa suisse? Le vote aura lieu du 9 mai au 31 août 2013.
07/05/2013

 Triporteur électrique
Tribelhorn
1.00 Triporteur électrique
Kyburz DXP








Un haut lieu de pélerinage du judaïsme algérien : le Rabb de Tlemcen

A Tlemcen, ville natale de mon père, à quelques deux cents kilomètres à l'ouest d'Oran, en Algérie, est enterré le célèbre Rabbin Ephraïm Enkaoua arrivé d'Espagne par le Maroc.
Sa sépulture était l'objet d'un pèlerinage annuel lors de Lag Bar Omer ou fête des pélerinages, quarante jours après Pâques. Les gens venaient de toutes les villes d'Algérie pour assister à ces festivités. Ils faisaient des voeux en priant ce Rabb de les exaucer et quand ce voeu était réalisé, ils allaient à n'importe quelle période de l'année pour le remercier.
Mon regretté époux Joseph Azen (que son âme repose en paix !) m'avait dit qu'après l'armistice de 1918, son père étant revenu sain et sauf de la Grande Guerre; toute la famille, bien qu'ayant de modestes moyens, était allée en pèlerinage au Rabb de Tlemcen. J'y suis allée quelques fois quand j'étais jeune, avec mes parents. Nous séjournions chez un frère de mon père. Cette fête des pèlerinages s'appelait la Hilloula. C'était vraiment la grande fête : il y avait du monde partout ; je revois une large et longue allée au fond de laquelle reposaient le Rabb et des membres de sa famille. Sur la grande tombe blanchie à la chaux on mettait un morceau de sucre mouillé d'eau et on suçait ce sucre, accroupi, en priant pour la réalisation de ses voeux ou en remerciant pour les voeux exaucés.
Dans ce cimetière en fête il y avait en plusieurs endroits des groupes de musiciens de musique orientale, arabo - andalouse. On dansait, on chantait, on pique-niquait dans les vastes jardins, et aussi près d'une source d'eau très claire. Il y avait des marchands juifs qui vendaient des petites médailles bleues représentant le Rabb et des petits sachets de tissu contenant un peu de terre de ce cimetière. Je conserve encore le petit sachet rose que j'épinglais sur ma combinaison chaque fois que j'allais subir un examen à Oran tout au long de mes études; cela portait bonheur disait-on.
A la mairie de Tlemcen avait lieu chaque année pour la Hilloula un bal traditionnel et des familles venues de partout se retrouvaient là. Ma soeur de douze ans mon aînée étant couturière confectionnait pour elle et ses cousines les superbes robes qu'elle étrenneraient pour se rendre à ce bal (avant d'épouser ma mère, mon père, veuf d'un premier mariage, avait un garçon et deux filles). Une de mes cousines originaire comme moi de Sidi-Bel-Abbès a connu à la faveur de l'un de ces bals un tlemcenien qu'elle a épousé, plusieurs mariages se sont faits par la suite dans les mêmes circonstances.
Quand on jurait selon l'expression consacrée: "Sur le rabb de Tlemcen!" c'était au dessus de tout. Qui était donc ce vénéré Rabb de Tlemcen ? Tout ce qui suit est extrait du calendrier israélite 5748 = 1987-1988 édité par " La Fraternelle ", Union des amis de Tlemcen , 15 rue des Petites Ecuries 75 010 Paris.
 La vie du Rabb Ephraïm Aln'Kaoua (1359 - 1442)
 Le Rabb Ehraïm Aln'Kaoua qui est inhumé à Tlemcen, est l'un des rabbins les plus prestigieux du judaïsme algérien. Par la noblesse de ses sentiments, l'étendue de son savoir, la fascination qu'il exerçait sur sa communauté, il a été considéré en son temps comme " la lumière d'Israël " et, après plusieurs siècles sa mémoire est toujours évoquée avec vénération.
Né en 1359, à Tolède, l'un des foyers rayonnants de la culture juive en Espagne, Ephraïm Aln'Kaoua est le descendant d'une lignée de rabbins talmudistes et thaumaturges. Son père, Rabbi Israël, Grand Rabbin de Tolède, confia l'éducation de son fils à des maîtres éminents qui lui enseignèrent bien des branches du savoir. Lui-même étudia la médecine à l'Université de Palencia (Nouvelle Castille).
Mais après la Reconquista, l'Espagne vivait une époque troublée. Les tracasseries contre les Juifs étaient entretenues par le Tribunal de l'Inquisition. Des flambées d'antisémitisme provoquées par le clergé local contraignirent bien des juifs à la conversion ou à l'exil. Ainsi, en 1390 l'archidiacre Don Martinez Fernand d'Ecija du diocèse de Séville, bien qu'excommunié, lança l'ordre aux clercs du diocèse de démolir les synagogues. A Séville aussi, en 1391, une émeute populaire dirigée contre les collecteurs d'impôts juifs entraîna la mort de deux mille personnes. Le père du Rabb, Rabbi Israël, convaincu de pratiquer en secret le judaïsme, fut arrêté, jugé et brûlé vif. Pour échapper à la persécution, le Rabb Ephraïm avec tant d'autres abandonna l'Espagne et se réfugia au Maroc. Il fut vite adopté par la communauté de Marrakech. Quelques mois plus tard, il quitta cette ville hospitalière pour se rendre à Hanaïm, port où aboutissait la route de l'or et des esclaves, mettant en relation le Soudan à Tlemcen. Le Rabb arriva dans cette ville en 1391, et la légende renchérit en précisant "sur un lion avec serpents pour licol".
Encore que leur présence soit attestée dès le premier siècle avant notre ère, les Juifs de la région de Tlemcen n'avaient pas le droit de cité dans cette capitale des rois Beni-zeyâne. Ils devaient séjourner seulement en banlieue, à Agadir. Un événement fortuit améliora leur situation. Le sultan Abou Tachfine dut faire appel à l'art médical du Rabb Ephraïm car sa fille se trouvait dans un état désespéré. Le Rabb la guérit miraculeusement, il sollicita pour ses coreligionnaires la possibilité d'édifier la première synagogue d'El Khessaline, l'autorisation de séjour pour des juifs d'Espagne, de Majorque, du Maroc. La communauté juive s'installa alors non loin du Méchouar, prospéra, organisée autour de dix-sept synagogues.
Entouré de la vénération générale de la population de Tlemcen, après avoir répandu des marques de sagesse et de sainteté, le Rabb Ephraïm Aln'Kaoua s'éteignit en 1442 à quatre-vingt deux ans. Avec la trentaine de membres de sa famille il repose en un lieu de rêve, prédestiné pour traverser l'éternité, au milieu des jardins où l'on ne peut entrer sans émotion, dans un silence à peine troublé par le piaillement des oiseaux. Au bout d'une allée bordée d'arbres, sur une longue pierre tombale blanchie à la chaux est gravée une vieille épitaphe en hébreu : " Ici repose celui qui fut notre orgueil, notre couronne, la lumière d'Israël, notre chef et maître, versé dans les choses divines, homme miraculeux, le Grand Rabbin Ephraïm Aln'Kaoua. Que son mérite nous protège ".
Son traité philosophique, Chaar Kevod Hachem (A la gloire de l'Eternel), dans la tradition de Maïmonide, nous renseigne sur la finesse de sa pensée, et son testament religieux reste d'une étonnante actualité : " Je vous laisse deux sources : la source d'eau pour fortifier votre corps et la source de la Tora qui symbolise la vie éternelle. La source d'eau offerte par la volonté de D... et la source de la Tora qui demande la bonne volonté de chacun de nous ". La communauté dispersée en France est consciente que les rabbins de Tlemcen demandent pour elle la miséricorde divine.
Quelques aspects moins connus de la vie du Rabb de Tlemcen.
Message du nouvel an du grand rabbin Achel Hadas lebel.
Rares sont les Tlemcéniens qui ignorent la vie du vénéré Rabb de Tlemcen, même si histoire et légende y donnent souvent libre cours, sans qu'on puisse toujours distinguer l'une de l'autre, les grandes lignes de son existence sont bien connues.
Ce qu'on connaît moins c'est l'action en profondeur menée par le Rabb Ephraïm Aln'Kaoua pour doter sa communauté de toutes les institutions nécessaires à l'existence d'une Kéhila. Cette activité nous est rapportée par le célèbre rabbin voyageur du XVIII ème siècle Haïm Joseph David Azulaï.
Synagogues, maisons d'étude, écoles rabbiniques, écoles élémentaires, bains rituels, fours rituels (pour les matzots), maisons de retraite, rien ne devait manquer, grâce aux initiatives persévérantes de son Rabb à la communauté ainsi développée. Mais c'est surtout au Beth-Din, au tribunal rabbinique que le Rabb devait réserver l'essentiel de son attention. Essentiel pour l'exercice des actes religieux - mariages, divorces, abattage rituel - le Beth - Din devait rendre des services remarquables à la communauté de Tlemcen. Alors que jusque là les Juifs avaient dû recourir aux tribunaux musulmans, avec tous les aléas liés à la plus ou moins bonne volonté des musulmans -sans oublier les inévitables pots-de-vin et "bakchich"-, désormais, c'est le Tribunal Rabbinique créé par le Rabb qui devait remplir activement son rôle, tant dans les affaires civiles que pénales, pour Tlemcen et pour toutes les communautés environnantes.
A la tête de ce tribunal composé de cinq "Dayanim" (juges) devait siéger Rabbi Yéchoua Halévi Kanfonton. Auteur d'un précieux guide pour l'étude du Talmud : "Les voies de la Guemara" (Darke Haguemara) Kanfonton, qui influença un autre grand maître de Safed, le célèbre Joseph Caro, auteur de notre code des trois Choulkhan Aroukh, fut enterré à proximité immédiate de la famille du Rabb ; sa tombe devait être découverte il y a une cinquantaine d'années par le Dayan de Tlemcen R. Joseph Messas.
Des relations singulières devaient s'instaurer entre le tribunal, l'école du Rabb de Tlemcen et les autres communautés d'Afrique du nord et même de pays plus éloignés. Mais ces relations furent particulièrement étroites avec la communauté d'Alger qui avait pu bénéficier depuis 1392 du guide exceptionnel en la personne de Ribash (Isaac bar Sheshet Barfat, 1326 - 1408) et du Rachbatz (Simon bar Bemah Duran, 1361 - 1444). Ce dernier avait la particularité d'être comme le Rabb de Tlemcen, à la fois rabbin et médecin.
Jusqu'à la fin du XVIII ème siècle, ses descendants devaient jouer un rôle prédominant comme rabbins et dirigeants de la communauté d'Alger. Parmi eux, le petit-fils de Rachbatz, Zehrah B. Salomon Duran devait épouser la petite-fille du Rabb de Tlemcen, fille de Juda Aln'Kaoua, marquant ainsi un lien indissoluble entre ces deux grandes communautés d'Algérie.
L'auteur de ces lignes est heureux d'avoir eu le privilège d'exercer son ministère dans ces deux communautés. Mais c'est à Tlemcen qu'il aura eu ses plus grandes joies, celles de poursuivre et de développer au sein de la synagogue de l'école et de la Yechiva qui portent son nom, l'oeuvre qui fut si magnifiquement commencée en cette fin du XIX ème siècle et pouruivie au fil des siècles. Quelle plus belle satisfaction d'avoir pu, sans relâche, enseigner la Torah à des centaines et des centaines d'élèves, dans cette belle ville de Tlemcen baignée par les sources de la Tafna, mais aussi arrosée par les sources inépuisables de la foi, de la tradition et de culture du Judaïsme.
C'est avec une grande émotion que je termine cette longue citation, non seulement à cause de ce qu'elle évoque, mais aussi parce que je me souviens que c'est le rabbin Achel qui a fait les offices religieux chez ma soeur lors du décès en décembre 1953 à Tlemcen de mon cher père Joseph Teboul (que Dieu repose son âme en paix !). Au cours d'un office il a dit ceci qui m'a beaucoup impressionnée à propos du passage sur terre de l'être humain : "Regardez un enfant qui vient de naître : il a les poings fermés comme s'il voulait saisir tous les biens de ce monde. Regardez un agonisant : il meurt les mains ouvertes lâchant tout ce qu'il croyait posséder ".
Par ailleurs, ayant habité pendant près de vingt-cinq ans à Alger, j'ai bien connu les tombes des deux rabbins de cette ville cités par le Grand Rabbin Achel Hadas Lebel. Je revois ces deux tombes situées à l'entrée à gauche du cimetière israélite de cette ville que nous avons du quitter après la guerre d'Algérie le 15 juin 1962......
  
Par Henriette AZEN

lundi 28 mai 2012

Les Juifs de Tlemcen Par le Prof. Albert Bensoussan


À la mémoire d’Esther Ben Aych qui tenait un ouvroir à Tlemcen:
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Tlemcen fut de tout temps une capitale et un jardin.
Les Romains la nommaient Pomaria – « vergers » – et les Berbères, qui en firent la capitale du royaume : Tilmisan – « sources », en tamazight.
La justement nommée « Perle du Maghreb » est bâtie dans un amphithéâtre rocheux, à quelques dizaines de kilomètres de la mer (on aperçoit par beau temps Béni-Saf), et des cascades chutant de la montagne par paliers successifs font toute la beauté de ce site exceptionnel.
Les Juifs ont vécu là pendant des siècles, probablement depuis l’époque romaine, mais les Mérinides les chassèrent de la ville et ils se regroupèrent hors les murs. C’est là qu’intervient le véritable sauveur de la communauté juive de Tlemcen, celui qu’on a appelé le Rab et dont le tombeau est toujours vénéré – par Juifs et Musulmans. Au départ, il y a un jeune médecin qui fuit l’Espagne après le pogrome de Tolède, en 1391, où périt son père. Ephraïm Enkaoua, tel est son nom, d’abord réfugié au Maroc, gagne à la fin du XIV° siècle la capitale mérinide. La légende le fait entrer dans Tlemcen monté sur un lion domestiqué avec un serpent pour licou. En fait, il est précédé par sa gloire comme médecin et appelé par le sultan pour guérir sa fille ; ce qu’il fait, en demandant comme récompense au souverain qu’il permette aux Juifs rejetés hors les murs de revenir dans la ville. Ces derniers peuplent alors le « quartier des Juifs ». Ils y demeurèrent jusqu’à l’Indépendance de l’Algérie, construisant là la synagogue du Rab. Éphraïm Enkaoua, à sa mort en 1442, fut enterré à la sortie de Tlemcen, près d’une source et sa tombe devint aussitôt un lieu de pèlerinage. C’est, en fait, un jardin ombragé où les Juifs, au temps de l’Algérie française, avaient coutume de venir prier, goûter, boire l’eau miraculeuse et jeter dans la fontaine des pièces de monnaie en formulant des vœux.
Pour moi ce paysage et cette histoire m’étaient familiers, parce que mon père était né à Nemours et ma mère à Nédroma, que mes grands-parents maternels habitaient Montagnac, et qu’une partie de la famille résidait à Tlemcen. Tout cela tenait dans un « mechouar » de poche – si l’on me permet de plaisanter sur la grand-place de cette magnifique cité et mon berceau familial. On appelait là-bas « le Mechouar » non seulement la place principale de la ville, mais aussi et avant tout la citadelle impériale qui l’occupait naguère.
Chaque été, de retour au pays, j’y accompagnais mes parents. Nous sortions de Tlemcen en voiture et trois kilomètres plus bas, sur la route de Hennaya, se trouvait l’ancien cimetière juif où était le tombeau du Rab. Nous nous installions pour le banquet, jetant une nappe sur le sol, à l’ombre d’un platane, qui est l’arbre, gigantesque et feuillu, de Tlemcen, et déballions nos provisions. Nous mangions comme l’on joue, au milieu des oiseaux et des plantes, c’était le jardin d’Éden, toute faute effacée. Un moment d’innocence autour de la tombe… Puis nous allions tous ensemble boire à la source, un petit bassin creusé dans un rocher devant la pierre tombale du saint. C’est là qu’on puisait l’eau lustrale. Papa tirait la première gorgée en sa timbale d’argent, qui ne servait que pour la circonstance, il récitait pieusement la bénédiction de l’eau et buvait avec une extrême lenteur, après quoi il disait toujours : " Elle est si fraîche qu’elle en est délicieuse ". Là, en plein été tlemcénien, par quarante degrés, cette eau de roche était suprêmement désaltérante. C’était là le miracle. En attendant l’autre, celui qui verrait la réalisation des vœux que chacun ne manquait pas de formuler en son for intérieur (n’est-ce pas au Rab que je dois d’avoir réussi dans mes études ?).
La communauté juive de Tlemcen a toujours gravité autour de cette tombe et des pèlerinages annuels. Les Juifs y étaient fort nombreux, surtout après l’expulsion d’Espagne de 1492 qui les fit affluer dans cette capitale du Maghreb central. Ils étaient plus de cinq mille en 1940. La guerre d’Algérie secoua cette paisible communauté : elle eut son lot d’attentats et d’exactions, jusqu’à la débandade finale en 1962. Il furent huit mille à gagner Marseille. Aujourd’hui il ne reste plus de Juifs à Tlemcen, et le Rab Éphraïm Enkaoua ne veille plus que sur nos morts. Et nous savons que dans toute l’Algérie d’aujourd’hui, où les Juifs furent si présents, la seule paix véritable n’est que dans les cimetières.
Par Albert Bensoussan.