vendredi 17 mai 2013

Tlmecen:"Perle du Moghreb", "La Grenade Africaine"...et que sais-je encore

les titres les plus flatteurs n'ont pas manqué à cette ville remarquable par son histoire.
Les poètes, depuis des siècles, l'on chantée :
"Le paradis de l'éternité, ô tlemcéniens, ne se trouve que dans votre patrie et s'il m'était donné de choisir, je n'en voudrais d'autre que Tlemcen" (Ibn Khefadja de Cordoue).
Riche d'un passé sous les Romains, les Arabes et les Turcs, elle fut capitale intellectuelle, religieuse, carrefour entre l'Orient et l'Europe.
Elle eut pour nom Pomaria (les vergers) Agadir (le rempart) Tagrart (le camp) avant d'être Tlemcen (les sources).
Mais parlons de son histoire à l'époque de l'arrivée des français en Algérie.
Turcs et Coulouglis se combattent quand Abd el Kader s'empare de la ville en 1833.
Une colonne expéditionnaire française entre à Tlemcen en 1836, mais un mois plus tard CAVAIGNAC et 500 hommes sont assiégés dans le Méchouar jusqu'au Traité de Tafna.
Il faudra attendre 1842 pour que BUGEAUD y installe pour plus d'un siècle la présence française
Les militaires administrent cette ville, devenue subdivision, avec, à sa tête, des généraux célèbres comme CAVAIGNAC, MACMAHON et CHANZY
Puis les civils prennent le relais. Le 17 Juin 1854 un décret impérial érige Tlemcen en commune de plein exercice. La ville européenne va s'organiser grâce au géomètre DEVRET, non pas à l'écart de la ville maure, mais en son cœur, favorisant ainsi les relations entre indigènes, israélites et chrétiens
Les religions du livre occupent en effet une grande place dans l'histoire de la ville.
Dès 1855 on construit la belle et grande Eglise Saint-Michel sur un terrain vague, à l'intérieur des remparts, et on verra s'élever plus tard, à proximité, le Palais de Justice, le Temple Protestant, la Poste, la Banque de l'Algérie, le Collège de Slane et la Maison du Colon qui voyait affluer, le lundi, les agriculteurs des villages environnants.
En 1857 on comptait trente trois minarets dont celui de la Mosquée d'El Eubad renfermant le tombeau de Sidi .
Les israélites fréquentaient plusieurs synagogues dont la Grande et récente ainsi que le Tombeau du RAB ALN?KAOUA, rabbin andalou venu à Tlemcen et vénéré comme un saint. Les grandes figures du catholicisme furent le chanoine Brevet, curé durant 53 ans, géologue à ses heures, pourvoyeur du musée et le chanoine FABREGUETTES, curé pendant un quart de siècle.
Au fil des ans, sous l'impulsion des Municipalités Valleur et Blanc, avec l'esprit d'entreprise de ses habitants, Tlemcen s'élargit au delà des remparts ;
Des faubourgs surgissent : El Kaala, Sidi-Chaker, la Pépinière, Bel Air, Pasteur
De belles allées : celles des Pins, des Marronniers, des Muriers y conduisent et au pied du Djebel Sakarathaine, nichées dans une luxuriante végétation, on découvre les Villa Rivaud et Villa Marguerite où touristes et convalescents viennent chercher le calme et la fraîcheur.
L'implantation militaire en avait fait une ville de garnison avec trois régiments avant la guerre de 39 : tirailleurs, artilleurs, spahis occupaient le Méchouar, la Caserne Bédaud et la Quartier d'Isly.
Tlemcen, l'intellectuelle, fera une grande place à la culture : n'a-t-elle pas déjà en 1850 une troupe théâtrale ! L'abbé BARGES, les frères MARCAIS, Alfred BEL, André LECOCQ en sont les historiens avec "Les Amis du Vieux Tlemcen" animés par Pierre CARDONNE, Directeur des associations agricoles et Président de l'Aéro Club et Emile JANIER, directeur de la Medersa.
Elle a ses hebdomadaires : "L'Avenir de Tlemcen", "Le Petit Tlemcénien", "L'Ouest Oranais".
Et la musique andalouse resurgit du passé avec les mélopées de l'orchestre du Cheik LARBI.
L'inauguration d'un grand stade, en 1937, témoignait de l'intérêt porté au sport avec des équipes comme celles de l'U.S.F.A.T., de LA FRATERNELLE ou de l'A.S.P.T.T. Tlemcen était aussi la commerçante. Autrefois Génois, Vénitiens et Catalans y venaient acheter peaux tannées, laines filées, bijoux. Ses magasins, ses boutiques, ses cafés s'étalaient autour de la Place d'Alger et de la Mairie, dans la Rue de France qui rejoignait l'esplanade du Mechouar. On s'y retrouvait le dimanche pour y "faire le boulevard", admirer l'artisanat de la Maison Ben Slimane et prendre l'apéritif ou déguster brochettes et rate farcie. Cette ville avait son charme : les touristes s'y plaisaient et venaient chercher, dans ce climat sec, la fraîcheur incomparable sous ses grands arbres ou au Jardin de la Pépinière. Juchés sur des calèches, ils visitaient les cascades d'El Ourit et la Tour de Mansourah. Leurs pas les conduisaient aux Koubbas funéraires dont celui de la Sultane ou bien au Bois sacré de Sidi Yacoub, avant d'emprunter le chemin touristique pour admirer du Plateau de Lalla Setti cette ville blottie dans la verdure de ses arbres, annonçant la plaine jusqu'à Raschgoun, avec ses oliviers bien alignés et son Col du Juif ouvrant la voie vers le Maroc. Tlemcen-Les Sources avait son Meffrouch qui alimentait cette végétation. C'était un "Paradis terrestre" un "Jardin d'Eden" comme l'avait surnommée le poète Cl.-M. ROBERT qui écrivait
"Tlemcen est toujours belle et mon cœur toujours jeune
Ici je suis heureux et n'aspire à plus rien
Ici j'aurai toujours vingt ans..."


Louis ABADIE 

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